Hommage à Jean-François Jutzeler (1944-2025)
Le Conseil de fondation a eu la tristesse de perdre l’un de ses membres de longue date (2006), Jean-François Jutzeler, décédé le 15 juin 2025 à l’âge de 81 ans. L’un de ses amis et ancien membre du conseil, Jacky Reymond, lui rend hommage.
Hommage à Jean-François Jutzeler : un idéal de discrétion
Que le souvenir d’un ami – comme Jean-François l’a été – va de soi et permet de croire que cette longue et indéfectible amitié participe à l’inspiration de ce billet. Même si de longues périodes de silence, d’un côté comme de l’autre, ont entrecoupé nos échanges. Nos partages dans le cadre du scoutisme, peu après la construction de la Maison des Jeunes, ont été déterminants et formateurs.
Son départ va laisser un grand vide au sein de notre fondation, dont son engagement indéfectible, sa proximité de domicile, sa curiosité pour ce passé de l’artisanat horloger dans nos fermes ont fait ses preuves. Il convient aussi de signaler sa forte implication financière personnelle dans les étapes décisives de la restauration de la ferme, bien avant la troisième étape actuellement en cours. Sa générosité a été à la mesure de l’entreprise de sauvetage du Mollards-des-Aubert.
Appendice de ce modeste rappel, l’activité horlogère des frères Ami et Théophile Aubert dès 1870 est liée au développement industriel du quartier du Rocher, au Brassus. Le polissage de pierres pour l’horlogerie en a fait partie intégrante au cours du siècle passé. La collection d’outillage que Jean-François Jutzeler a retrouvée et mise en valeur témoigne parfaitement de cette activité semi-artisanale montagnarde, parallèlement à la tenue de bétail et plus tard à la gravure sur bois chère à Pierre Aubert
Dès la constitution de la fondation, Jean-François Jutzeler s’est impliqué dans la sauvegarde de la ferme des Mollards. Le constat de délabrement était sans appel : il fallait commencer par le sauvetage du rural, ce qui a impliqué le renforcement de la charpente, son soutien dans un sol boueux à l’angle du néveau où les eaux et rejets de l’écurie pourrissaient la poutraison. Puis, c’est toute la façade à bise qui a été reprise avec le soutien des Retraites Populaires. Dans la grange, la poutre faitière pouvait être rehaussée de 20 cm et le toit retrouver un solide équilibre. La porte coulissante du néveau redonnait une dimension humaine ensoleillée, après des décennies d’inoccupation et d’ombrage.
Les murs des jardins en terrasses occupent une place importante que Jean-François a d’emblée tenu à réhabiliter. Cette réfection a activé comme un signal la vie des Mollards : depuis la route du Marchairuz, on apercevait quelque chose de neuf sur ce domaine d’alpage caché par la forêt. Les muretiers engagés ont véritablement réhabilité cette bosse du moulin avec les murs en terrasses pour conférer aux Mollards un aspect unique dans la région.
Important cheminement professionnel guidé par les entreprises du Rocher et leurs spécialités : elles ont bercé la jeunesse de Jean-François Jutzeler et son apprentissage : Frédéric Piguet, Aubert Complications, Meylan Watche de Robert Meylan, François Golay Roues, AP, James Aubert plus en aval sur le ruisseau et surtout Piguet Frères où il a été actif près de dix ans avant de se mettre à son compte au Risoud (nom du bâtiment qui a vu l’éclosion de l’entreprise horlogère Reymond Frères, héritage familial). A l’enseigne de J.-F. Jutzeler SA, mécanique de précision, son ingéniosité a continué à alimenter et affirmer ses qualités de mécanicien et d’industriel particulièrement habile, perspicace et inventif dans les matériaux extra durs en particulier.
Comme dans tout hommage rendu à un mécène, nous retiendrons ici sa discrétion dans les gestes qu’il a fournis, son calme déterminé lors des séances de conseil et sa volonté de laisser une trace pour faire connaître la petite histoire de son village, à la fois culturelle, patrimoniale, agricole et sentimentale, à travers les Mollards, un bel ensemble tricentenaire sauvé et conservé pour les visiteurs du XXIe siècle.
Jacky Reymond, juin 2025.